Marine Alari réinvente la vie des parents entrepreneurs
Découvrez Le Kocon, un espace de coworking avec crèche intégrée, créé par Marine pour simplifier la vie des parents entrepreneurs.
Marine Alary : le coworking-crèche né d'une galère de maman!
« Le plus dur, c'est de durer, c'est pas de se lancer. »
Marine Alary sait de quoi elle parle. Elle a ouvert son lieu enceinte de sept mois et demi, et accouché le soir même de l'ouverture. Aujourd'hui, son concept Le Kocon, qui fait rimer carrière et poussette avec un coworking et une crèche adossée, tourne depuis deux ans à Bordeaux, emploie six personnes, et un deuxième site est en route. Dans cet épisode, elle raconte comment une galère de mode de garde est devenue un projet de société, et comment elle a appris à tenir sans se cramer. Si tu jongles toi aussi entre tes enfants et ta boîte, le Sorority Club est là pour toi.
De la finance à l'entrepreneuriat : Le parcours de Marine
Marine Alary a passé huit ans dans la finance, en audit puis en fusion-acquisition. L'envie d'entreprendre la travaillait depuis longtemps, mais sans idée précise ni le sentiment d'en être capable. En 2019, elle s'installe à Bordeaux et se lance en freelance. Le statut lui plaît, flexible et libre.
Sauf qu'un détail n'avait pas été anticipé. Aucun mode de garde pour leur fils de dix-huit mois. Travailler pendant la sieste devient vite impossible, et l'isolement social s'ajoute à la fatigue. Alors Marine fait ce qu'elle sait faire de mieux, créer du lien. Elle organise des goûters pour parents dans un salon de thé, via des groupes Facebook de mamans. Le premier jour, le trac au ventre, elle voit débarquer huit familles. Quelques semaines plus tard, ils sont parfois quarante dans un parc.
En discutant avec toutes ces femmes, le déclic. La plupart sont freelances ou indépendantes, toutes galèrent à faire garder leurs enfants, et beaucoup subissent un mode de garde par défaut qui freine leur activité. Marine comprend que son problème est en réalité collectif. L'idée du Kocon est là.

Le Kocon: bien plus qu’un simple espace de travail
Le principe du Kocon est simple. Tu déposes ton enfant à la crèche, et ton poste de coworking est à une minute à pied. La place est attribuée au parent, papa ou maman, et parfois les deux viennent à tour de rôle. Fini la logistique infernale entre la crèche à un bout de la ville et le bureau à l'autre.
Marine a d'abord ouvert un premier lieu pour vérifier deux choses, le besoin réel et la rentabilité. Les deux étaient au rendez-vous. Elle a depuis noué un partenariat avec une foncière immobilière, pour qui elle anime et commercialise un espace de coworking installé dans un ancien hôtel particulier. Et elle prépare un deuxième Kocon complet, crèche comprise, dans un autre quartier de Bordeaux.
Ce qui la distingue d'un coworking classique, c'est le lien. À la crèche, sa petite équipe de cinq accueille une dizaine d'enfants, au-delà des taux d'encadrement légaux. Les parents se croisent matin et soir, parlent boulot, galères et idées à la pause déj, et certains deviennent amis. Comme elle le dit, on se retrouve dans un vrai « cocon familial ».
Les défis de l'entrepreneuriat : Marine ne mâche pas ses mots
Au-delà de son histoire, Marine distille quelques leçons qui parlent à toute entrepreneure.
1. Le vrai défi, c'est de durer
On a tous peur du grand saut. Pour Marine, ce n'est pas là que se joue le plus dur. « Le plus dur, c'est de durer, c'est pas de se lancer », résume-t-elle. Une fois lancée, le quotidien, c'est s'adapter en permanence, à son environnement, aux parties prenantes, aux imprévus. Elle compare le fait d'entreprendre à éplucher un oignon, où l'on retire une à une ses peurs, ses croyances et ses doutes. Son conseil, arrêter de se demander si on est légitime, et passer à l'action.
2. Recrute pour pouvoir déléguer
Passer de freelance à employeuse a été son plus gros choc. Manager des salariés quand on est patronne, ça n'a rien à voir avec encadrer une équipe en tant que cadre. Pendant deux ans, elle a tenu la crèche avec une directrice débutante, et elle l'avoue sans détour, elle a « souffert », parce qu'elle n'était pas préparée à gérer tout ça. Tout a changé le jour où elle a recruté une directrice expérimentée. Sa leçon pour l'année 3, poser des bases solides et bien s'entourer, parce que c'est ce qui permet de déléguer pour de vrai.
3. Prendre soin de soi n'est pas un luxe
Marine a frôlé le surmenage. Après son accouchement, elle a repris ses mails dans la foulée, enchaîné les nuits hachées, et encaissé un sérieux contrecoup au bout de trois mois. Depuis, elle ne lâche plus ses garde-fous :
- méditation et exercices de respiration dès que la pression monte,
- du sport plusieurs fois par semaine (yoga, running, fitness),
- des week-ends de coupure, sans enfants ni téléphone, qu'elle planifie à l'avance.
Sa prise de conscience, qu'elle partage avec franchise : « il faut accepter qu'on ne peut pas tout faire, ni tout bien faire », et que certaines personnes seront forcément déçues.
4. Entoure-toi, et donne aussi de ton temps
Marine ne s'en sort pas seule, et elle l'assume. Un mari entrepreneur, de la famille, une association de femmes entrepreneures dont elle est trésorière, des réseaux comme Réseau Entreprendre ou le Village by CA. Ce qu'elle aime dans ces cercles, c'est l'absence de jugement et l'entraide concrète entre pairs. Elle va plus loin et plaide pour qu'on consacre une part de son temps au monde associatif. Selon elle, « on devrait avoir 5 % de notre temps » à aider les autres, histoire de garder les pieds sur terre.

Le mode de garde, un sujet féministe qu'on sous-estime
Voilà ce qui anime vraiment Marine. Pour elle, l'absence de mode de garde n'est pas un souci d'organisation privée, c'est un enjeu de société. Quand une mère freelance ne peut pas travailler, elle perd en revenus, en carrière, et parfois en indépendance financière vis-à-vis de son conjoint. Marine remonte même d'une génération, avec l'exemple de sa grand-mère, qui s'est consacrée aux enfants pour la carrière de son mari, et s'est retrouvée avec une pension réduite de moitié à son décès. Une mécanique qui mène, dit-elle, à la précarité des femmes seniors.
C'est pour ça que Le Kocon ne s'adresse pas qu'aux mamans. Marine inclut volontairement les papas, parce que la charge ne devrait pas reposer sur les seules femmes. Sa propre histoire l'a sûrement orientée là. Élevée par une mère qui a divorcé et les a élevés seule, « une femme de caractère » qui lui a montré tôt qu'on s'en sort.


Le futur du Kocon : Des ambitions à la hauteur du projet
Et la suite ?
Marine voit grand ! "Si je pouvais franchement, je voudrais avoir des Kocons partout en France, ça me plairait beaucoup", s'enthousiasme-t-elle. On croise les doigts pour voir fleurir des petits Kocons dans toutes les villes de France !
Le parcours de Marine montre qu'un problème personnel peut devenir une solution pour des centaines de familles, à condition de tenir dans la durée et de ne pas s'oublier en route. Entreprendre et materner, c'est le même apprentissage : se réajuster sans cesse, accepter de ne pas tout maîtriser.
Tu cherches un endroit où entreprendre sans culpabiliser d'être aussi parent ? Rejoins le Sorority Club, on partage tout ça entre sœurs.
